
La musique annonce le film.
Puis, le film commence, emporté, tenu par la note tendue vers l’image.
Sur scène, deux musiciens réagissent, dialoguent et transcrivent leurs émotions.
Un acteur interprète les personnages du film, s’identifie. Il entre et sort du film comme Méphisto entre et sort du mur. La magie opère... Il entraîne le spectateur à sa suite, à son rythme.
Conversation multiple, tous s’expriment à tour de rôle ou simultanément, le comédien, les musiciens et l’image.
Le film de F.W. Murnau
Chef-d’oeuvre du cinéma expressionniste allemand (1926).
De tous les cinéastes, Murnau est peut-être celui qui a su organiser l’espace de ses films de la façon la plus rigoureuse et la plus inventive. …/… La puissance de l’expression plastique prend manifestement le pas sur l’anecdote, en ce drame connu de tout spectateur.
Les contemporains l’ont goûté, et nous le goûtons nous-mêmes comme une sorte d’opéra visuel, la mise en scène y tenant lieu de partition. Eric Rohmer
Donner une vie théâtrale au film, c’est pénétrer dans une « cité interdite » dont il est essentiel de respecter le cœur.
La présence de l’acteur et des musiciens, offre une partition sonore originale et idéale.
Comme un défi extravagant aux genres et à l’humain.
S’introduire dans le rythme sonore des expressions et le silence tragique des émotions devient une source inépuisable pour la voix, le corps, les bruitages et la musique.
L’acteur interprète Faust et Méphisto, il renforce par cette interprétation double et unique l’ambiguïté des deux personnages. Il interprète Marguerite aussi, bien sûr. Et cette voix douce de fausset fait entendre toute la tendresse de l’interprète même.
C’est un jeu délirant de miroir, mélange de dérisoire, de vérité et d’émotion.
