
Le Misanthrope
Cartoun Sardines Théâtre, LE MISANTHROPE d’après Molière
Le Misanthrope est la comédie de la parole, elle donne la conversation en spectacle, et tout naturellement, elle s’adresse au public. Avec ses règles et ses contraintes, la poésie de Molière compose notre terrain de jeu, théâtre où les alexandrins expriment les sentiments et font déferler les émotions. Leur énergie, leur musicalité et leur rythme sont en communication directe, comme une nécessité immédiate de donner à voir et à entendre.
Alceste donne le ton,
Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Les courtisans et l’esprit de cour sont la cible de ses paroles acerbes, mais ce qui le répugne l’attire aussi. Troublé par des sentiments contradictoires, il tente de conquérir Célimène, modèle exemplaire de ce monde qu’il hait. L’humeur d’Alceste entraîne les réactions de ses partenaires.
Des mots de Molière et de cette effusion de sentiments nous voulons faire naître une sorte d’émoi organique et sonore, un langage inventé, rimé comme les alexandrins, à la fois inexprimable, éphémère, authentique et passionné.
Les personnages de la pièce sont comme des mannequins de laboratoire qui exposent sans pudeur un biceps écorché ou des organes rangés dans l’abdomen. Rien n’est caché, tout est langage, tout s’exprime physiquement et vocalement, de l’expression limpide à l’humour ravageur.
Trois acteurs jouent avec les neuf personnages de la pièce. Sur scène, deux chemins traversent le plateau, leur croisement devient le point de rendez-vous, le lieu d’échange, de parade amoureuse ou mondaine, d’affrontement ou de défi. Au-dessus de ces allées perpendiculaires, sont suspendues une table, une chaise et une lampe, encordées à deux mètres du sol. Le salon de Célimène flotte dans l’air.
Patrick Ponce et Dominique Sicilia, mai 2011
