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Cette adaptation cinématographique du mythe de Faust restitue admirablement le dilemme manichéen dans son intégralité dramatique.
Nous voulions confronter, depuis longtemps, notre travail à un chef-d’oeuvre du film muet. Nous avons choisi le Faust de Murnau.
Nous sommes ici dans le cinéma expressionniste allemand de l’entre-deux guerres, avec une dramaturgie préfigurant le chaos imminent : une manne pour l’interprétation et une confrontation féconde entre cinéma, musique et spectacle vivant.
La puissance visuelle des images, l’esthétique picturale des plans et le jeu expressionniste des acteurs du muet fascinent, tant dans leur emphase désuète que dans le parti pris résolu du « clair-obscur ».
Donner une vie théâtrale à un film, c’est pénétrer dans une « cité interdite » dont il est essentiel de respecter le cœur, sans en être originaire.
La présence d’un seul acteur, accompagné par deux musiciens, offre une partition sonore originale et idéale à l’aventure. Comme un défi extravagant aux genres et à l’humain.
S’introduire dans le rythme sonore des expressions et le silence tragique des émotions devient une source inépuisable d’interprétation pour la voix, le corps, les bruitages et la musique.
Tout est matière à jeu : du crépitement d’un feu avec un simple paquet de pâtes, jusqu’au soupir féminisé de Marguerite ; d’un regard tendre de Faust au piano, jusqu’aux accords maléfiques au violoncelle de Méphisto, et deux éponges grattées pour simuler ses pas ; et en bonus, l’interview imaginée du réalisateur...
Dans ce jeu délirant de miroir, mélange de dérision, de dérisoire, de vérité et d’émotion, le spectateur devient complice et la magie opère...
Jouer avec des monstres du cinéma pour notre plus grand plaisir.
Ce projet qui réunit la musique, le cinéma et le théâtre, a été réalisé en collaboration avec PIERRE MARCON, musicien.
PATRICK PONCE |