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de Bertolt Brecht L’histoire…
Des soldats débarquent à Kilkoa, ville indienne portuaire, base militaire de l’empire britannique.
Un matin, Galy Gay, simple porteur du port, pêche au bord de son lit. Bredouille, il part finalement acheter un poisson.
Un groupe de soldats en virée essait de voler de l’argent dans un temple piégé. L’un d’eux n’en reviendra pas.
Les autres s’enfuient, mais ne peuvent se présenter à l’appel sous peine des plus redoutables sanctions militaires.
Sur les quais, ils rencontrent Galy Gay.
Les soldats arrivent à le convaincre de bien vouloir répondre à l’appel, à la place de l’autre. Puis de changer d’identité, car au fond, un homme est un homme.
On annonce le départ au front, plus que deux heures et les canons rouleront vers le Nord…
Propos
Voici donc un groupe d’hommes prêts à tout.
Ils doivent remplacer l’un des leurs par un autre. Un autre homme qu’ils vont façonner, comme “au sixième jour“. Il sera leur oeuvre, leur matière : une glaise malléable à souhait.
Soldats d’une armée de pacotille qui bat la breloque, affublés d’uniformes bricolés, leur anticonformisme conduit au non-sens et au burlesque. L’incongru est traité comme la normalité et c’est de ce dérèglement que surgit l’humour.
Ils vont démontrer par tous les moyens, même les plus fous, qu’un homme en vaut bien un autre, que les hommes sont interchangeables, une espèce fongible. Car l’individu ici n’est qu’aberration, seul le nombre identifiable est légitime.
Le rythme frénétique de l’écriture de la pièce révèle la démesure du propos : démonter un homme et le remonter, la tête à la place des pieds et proclamer que c’est encore un homme !
Puis il y a encore ce chef de guerre qui prend conscience de sa vie, inutile, vaine, absurde, et qui se transforme dans la douleur. Dans un équilibre fantasque, un jeu délirant et tordu, il emprunte le chemin inverse du premier.
Enfin, une femme, elle-même déjà évoluée, spectatrice et inspiratrice de ces métamorphoses, sirène tentaculaire qui serre contre elle tout ce petit monde misérablement humain : femme parmi les hommes, métaphore d’une armée nymphomane, une armée mangeuse d’hommes.
C’est dans ce tourbillon que la tête de Galy Gay explose. C’est au bout de ce paroxysme qu’il devient un autre, comme sorti d’une machine.
Les interprètes ne peuvent lésiner sur leur engagement. L’acteur fait la cascade lui-même, il est sur tous les fronts, sans réserve, investi, généreux.
Cette forme de jeu permet de corser le sens du comique, un jusqu’au-boutisme théâtral, un jeu vers la folie.
Rencontres...
Il fallait bien jeter par-dessus bord toutes les idées reçues sur Bertolt Brecht et son théâtre, et ne garder que sa vitalité et sa modernité.
La première lecture que nous faisons de “Un homme est un homme“ est celle d’une traduction intitulée Homme pour homme. Nous lisons les deux versions, 1926 et 1938. La pièce de 1938 est plus courte, plus percutante, plus moderne. Il y a moins de personnages, le déroulement de l’action est plus clair. Nous choisissons, la version la plus récente .
À la suite de “Un homme est un homme” Brecht écrit “ l’enfant d’éléphant”. C’est une espèce d’interlude fou, un final délirant, mêlant absurde et caustique. On y retrouve les mêmes soldats, avec leurs caractéristiques, mais comme si, restés jusque-là au seuil du burlesque, ils entraient enfin dans cette dimension.
Brecht débride littéralement cette pièce courte qu’il voulait pour les après-spectacles, dans les bars des théâtres. Cette pièce, est souvent mise de côté, écartée, rarement montée. Trop courte, trop folle.
C’est son esprit - son humour cruel, sa folie - que nous avons récolté au fond du tamis pour en saupoudrer généreusement “Un homme est un homme”.
Scénographie...
Tout d’abord la scène, allégorie d’un port, celui de Kilkoa. Au sol, coulent des fibres diaphanes, c’est l’eau du port, une eau synthétique, comme dans un décor de cinéma d’animation. La lumière s’y reflète et renvoie des éclats réalistes.
Au milieu de l’eau, des pontons, des îlots, frêles refuges aux planches instables, qui provoquent le déséquilibre, le subliment. Les personnages franchissent les flots comme on traverse le vide : se battre avec le rien, l’abstraction qui peut les avaler, les prendre.
Puis, au centre, les lanières au sol se dressent et deviennent les rideaux du salon-bar de la veuve, qui laissent passer les images ou les retiennent. Projection verticale de cet univers portuaire.
Enfin, l’espace se transforme, comme les hommes, annonçant la métamorphose de Galy Gay et la déchéance du sergent Fairchild. La scène représente la scène, le lieu de la démonstration et des subterfuges, l’endroit d’où l’on voit naître les sons et jaillir la lumière.
Pour un Galy Gay aux yeux bandés, les personnages inventent une façon de parler et forcent chaque mot, chaque bruit. Les bruits des bottes qui claquent, des armes qu’on prépare, du marteau sec du juge, résonnent avec d’autant plus d’intensité qu’ils sont mensonge, pure fabrication.
La musique, elle aussi travaille le contraste : un quartet de jazz vocal soutien une déclaration solennelle, ou alors une marche militaire déjantée accompagne une réflexion profondément intime. Elle aide à construire et à développer l’action vers la poésie ou le burlesque, ou s’écrit de “successions d'impressions“, à la Debussy.
Le musicien conduit, à la lettre et à lui tout seul, l’accompagnement musical. Il est homme-orchestre et apparaît où il faut, où il veut. Il forme une entité mobile, libre et indépendante, surprenante.
La magie de la représentation avec tous ses artifices, des personnages hauts en couleurs, un environnement exotique, une étrange comédie…, un théâtre qui nous est cher.
Un homme est un homme
De Bertolt Brecht
Texte français E.Spreng, B.Chartreux et J-P Vincent
L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté.
Distribution
Louisa Amouche : Jéraiah Jip, soldat. La veuve Begbick
Bruno Bonomo : Galy Gay
Stéphane Gambin : Madame Galy Gay. Polly Baker, soldat
Patrick Ponce : Sergent Charles Fairchild dit Blody Five
Pascal Rozand : Jesse Mahoney, soldat.
Pierre Marcon : Compositeur, interprète
Guillaume Rouan et Jean-Bastien Nehr : Son et lumière
Virginie Breger : Costumes
André Ghiglione : Décors
Pierre Baudin : Directeur technique, régie générale.
Patrick Ponce et Dominique Sicilia : scénographie et mise en scène
Claude Pagès : production
Hadrien Desmanet : administration
Production
Cartoun Sardines Théâtre
Coproductions
L’Atelier à spectacle Scène Régionale de Dreux agglomération (Vernouillet-28)
Accueil en résidence
Friche belle de Mai, avec le soutien de Système Friche Théâtre
L’Atelier à spectacle Vernouillet
Partenaires
La Ville de Franconville, le Sémaphore à Port-de-Bouc, Ville de Gardanne, Théâtre de Verre à Châteaubriant, ABC de Dijon, Théâtre d’Auxerre, Théâtre la Colonne à Miramas, Théâtre Armand à Salon-de-Provence, Ville de Rousset, Théâtre de la Minoterie à Marseille - Scène Conventionnée pour les expressions contemporaines, Le Forum à Carros, ACT/ La Merise - le Grenier à sel – Trappes
Soutiens
Ville de Marseille, Département des Bouches-du-Rhône, Région Paca, Adami, Drac Paca
