Un homme est un homme

Adaptation libre de l'Oeuvre de Bertolt Brecht

 

L’histoire…

 

Des soldats débarquent à Kilkoa, ville indienne portuaire, base militaire de l’empire britannique. Un matin, Galy Gay, simple porteur du port, part acheter un poisson. 

 

 

La veuve Begbick, tenancière d’un bar attaché à la garnison, règne sur le Port. Dans une déclaration hallucinatoire, elle se fait porte-parole de Bertolt Brecht lui-même. Elle annonce sans détour au public que l’on peut transformer un homme modeste en guerrier sanguinaire et propose de le prouver.

 

 

 Ainsi, trois soldats en virée, se débattent pour voler de l’argent dans un temple piégé.

L’un d’eux reste bloqué, collé à l’intérieur.

 

 

Les deux autres ne peuvent pas se présenter à l’appel sans le troisième, sous peine de sanctions militaires promises par le redoutable sergent Fairchild célèbre pour ses faits de guerre. 

 

 

Sur les quais, Ils rencontrent Galy Gay, l’homme qui ne sait pas dire non. Il aide la veuve Begbick et porte son panier de concombres. 

 

Les soldats demandent à Galy Gay de bien vouloir se présenter à l’appel. Il lui suffit de prononcer le nom de celui qu’il remplace, temporairement, Jeraiah Jip. Galy Gay ne dit pas non.

 

Le sergent Fairchild s’acharne à la traque des deux soldats, mais sa sensualité est prête à exploser et la menace de l’orage tropical le tourmente jusqu’à la folie. On annonce le départ au front. Plus que deux heures et les canons rouleront vers le Nord. Jeraiah Jip ne reviendra pas.

 

Alors, les soldats, brigands insensés, proposent à Galy Gay une affaire véreuse : vendre un faux éléphant. Ils le jettent dans un piège grossier et organisent pour lui une mascarade de procès puis sa fausse exécution et l’enterrement de celui qui s’appelle Galy Gay. Galy Gay fait lui-même son oraison funèbre et devient définitivement Jeraiah Jip. Un homme est un homme : ce qu’il fallait démontrer.

 

Rencontres...

 

Il fallait jeter par-dessus bord toutes les idées reçues sur Bertolt Brecht et son théâtre et ne garder que sa vitalité et sa modernité.

 

La première lecture que nous faisons de “Un homme est un homme“ est celle d’une traduction intitulée Homme pour homme. Nous lisons les deux versions, 1926 et 1938. La pièce de 1938 est plus courte, plus percutante, plus moderne. Il y a moins de personnages, le déroulement de l’action est plus clair. Nous décidons, sur la base de la version la plus récente et la seule que nous ayons trouvée en allemand, de reprendre le texte en version originale et d’en tirer notre adaptation.

 

À la suite de “Un homme est un homme” Brecht écrit “ l’enfant d’éléphant”. C’est une espèce d’interlude fou, un final délirant, mêlant absurde et caustique. On y retrouve les mêmes soldats, avec leurs caractéristiques, mais comme si, restés jusque-là au seuil du burlesque, ils entraient enfin dans cette dimension.

 

Brecht débride littéralement cette pièce courte qu’il voulait pour les après-spectacles, dans les bars des théâtres. Cette pièce, est souvent mise de côté, écartée, rarement montée. Trop courte, trop folle.

 

C’est son esprit, son humour cruel, sa folie, que nous avons récolté au fond du tamis pour en saupoudrer généreusement “Un homme est un homme”.

 

Nous avons ainsi démonté “Un homme est un homme“, puis nous l’avons remonté, tout en égarant quelques éléments, comme Brecht modèle le personnage de Galy Gay qui se transforme et ne devient pas tout à fait un autre, mais plus tout à fait lui-même.

 

 

Scénographie...

 

Tout d’abord la scène, allégorie d’un port, celui de Kilkoa. Au sol, coulent des fibres diaphanes qui matérialisent l’eau du port, une eau synthétique, comme dans un décor de cinéma d’animation. La lumière s’y reflète et renvoie des éclats réalistes.

 

Au milieu de l’eau, des pontons, des îlots, frêles refuges aux planches instables, qui provoquent le déséquilibre, le sublime. Les personnages doivent franchir les flots qui entourent ces îlots, comme on traverse le vide, un néant, comme on se bat avec le rien, l’abstraction qui peut les avaler, les prendre.

 

Puis, au centre, les lanières au sol se dressent et deviennent les rideaux du salon-bar de la veuve, qui laissent passer les images ou les bloquent, projection verticale de cet univers portuaire.

 

Enfin, l’espace se transforme comme les hommes, annonçant la métamorphose de Galy Gay et la déchéance du sergent Fairchild. La scène représente la scène, le lieu de la démonstration et des subterfuges, l’endroit d’où l’on voit naître les sons et jaillir la lumière.

 

Pour un Galy Gay aux yeux bandés, les personnages, autour d’un microphone, comme à la radio des années 40, inventent une façon de parler et forcent chaque mot, chaque bruit. Les bruits des bottes qui claquent, des armes qu’on prépare, du marteau sec du juge, résonnent avec d’autant plus de valeur qu’ils sont mensonge, pure fabrication.

 

La magie de la représentation avec tous ses artifices, des personnages hauts en couleurs, un environnement exotique, une étrange comédie…, un théâtre qui nous est cher.