
Notre quotidien, c’est encore l’avenir
Depuis quelques années, la compagnie a initié un travail autour du cinéma, du théâtre et de la musique pour fabriquer l’univers sonore de films muets pendant leur projection. C’est sur ce principe, dans la combinaison des genres, que le Faust a vu le jour, comme ensuite Lulu, pour finir avec le Bonheur.
Cette expérimentation a trouvé un sens dans le nombre et la singularité des spectacles proposés, laissant envisager d’innombrables alternatives artistiques.
Le pari était pourtant osé, loin des poncifs d’un théâtre gagné d’avance, aux recettes connues et éprouvées. On nous l’a parfois reproché comme une espèce d’infidélité esthétique, une usurpation même : “Ce n’est plus du Cartoun !“ dénonçaient les puristes dans un verdict d’assises.
C’est vrai, depuis ces quelques années notre volonté d’appréhender le théâtre “encore plus autrement“ nous a menés vers d’intrépides équipées. Mais voilà, l’audace livre en pâture de très fragiles chrysalides. Délicate incertitude où l’infortune côtoie alors la réussite.
Mais le fondement de notre théâtre ne change en rien, ni dans les envies, ni dans ses rouages, ni dans sa relation au public. En revanche, nous ne faisons plus de la béatitude doucereuse, le seul critère de son succès.
À la Friche, nous voulions que la fête soit belle. Nous y avons mis les formes.
Fête, festival…
Un festival de ciné-théâtre, et une réussite. Avec la satisfaction de voir les spectateurs (re)découvrir l’ensemble de ce répertoire, chaleureusement surpris à chaque représentation.
Nous avons vu ces mêmes spectateurs franchir parfois la scène pour proposer leur version du cinéma doublé. Une grande générosité.
Mais quel sens ont-ils donné à cet acte de représentation ? Cette “mise en scène“ profane est troublante car elle révèle la faculté du spectateur à interpréter la vie sans l’artifice du spectaculaire.
S’immiscer dans le jeu en ayant la conscience de sa théâtralité, ne participe-t-il pas à la perception plus objective de l’œuvre ?
Cette participation active du public dans l’acte théâtral nous rapproche du travail que nous menons parallèlement au prochain spectacle, un homme est un homme, comédie d’après Bertolt Brecht. L’idée est bien de faire intervenir le public, d’une façon ou d’une autre…
Notre quotidien c’est encore l’avenir, 2013 et un projet dont nous retracerons les grandes lignes très prochainement.
Nos métiers aussi subissent âprement les rigueurs de la crise, nous pensons fortement à ceux qui sont en très grande difficulté, qui ont balisé notre vie de compagnie, l’Escapade à Hénin-Beaumont, le CDC des Pennes Mirabeau...
C’est triste un phare qui s’éteint.
Triste, et dangereux.

